
Everything we touch can change, 2025 Exposition personnelle à L’H du Siège Centre d’art Contemporain, Valenciennes-FR
Images : ©Frédéric Iovino & Germain Marguillard
Liste des œuvres : Kosmos - K. Tempest I, 2024, céramique et bois calciné, 36x100x6cm. Kosmos - K. Tempest II, 2024, céramique et bois calciné, 34x90x6cm. Kosmos - U.K. Le Guin, 2024, céramique et bois calciné, 27x90x6cm. Kosmos - A. Rich, 2024, céramique et bois calciné, 90x17x26cm. Kosmos - P. Éluard, 2024, céramique et bois calciné, 50x59x6cm. Kosmos - J. Massiah, 2024, céramique et bois calciné, 26x75x6cm. Kosmos - inconnu I, 2024, céramique et bois calciné, 27x90x6cm. Kosmos - inconnu II, 2024, céramique et bois calciné, 90x40x6cm. Kosmos - tournesol, 2024, céramique et bois calciné, 36x100x6cm. Kosmos - passiflore, 2024, céramique et bois calciné, 15x42x6cm. Kosmos - rameau, 2024, céramique et bois calciné, 20x140x6cm. Kosmos - dryade, 2024, céramique et bois calciné, 15x49x6cm. Kosmos - méduse, 2024, céramique et bois calciné, 26x75x6cm. Résonance, 2024, céramique, bois calciné et bande sonore, 310x310x260cm. Everything we touch can change, 2024, céramique et bois calciné, 203x26x91cm.
Halo, 2023, céramique, bois, placage en mica, 260x260x100cm. Soleil noir, 2023, céramique et bois calciné, 35x35x6cm.
Texte : (FR) Entrelacs, spirales, rosaces, mandalas scandent l’univers de Germain Marguillard. Détails énigmatiques sur lesquels l’œil s’attarde, ils émergent du noir et interrompent l’impression première d’une abstraction minimaliste et monolithe. Dans l’implacabilité des lignes et des arêtes qui délimitent ses sculptures et structurent nos représentations familières, l’artiste use de ce vocabulaire ornemental pour confronter les échelles de l’infiniment grand à l’infiniment petit. Ses formes mi-organiques mi-géométriques sont extraites d’une symbolique sacrée universelle. Elles évoquent aussi bien les grandes spiritualités, judéo-chrétiennes et islamiques, que le langage scientifique géométrique. Là où les iconographies des unes ou des autres se targuent d’atteindre la perfection et d’embrasser l’harmonie suprême, le geste de l’artiste recherche au contraire la justesse organique, celle au plus proche de la création qui, dans son émanation la plus naturelle, échappe à l’homme et à son hybris. Derrière la bichromie de ses installations, entre noirceur et clarté, se joue une dialectique éternelle entre raison et foi. Il se garde bien de résoudre cette opposition intrinsèque, pointant au contraire leurs ressemblances tant dans leurs ambitions que dans leurs médias. À la surface des œuvres de l’artiste, ces symboles sont à lire comme des indices qui signalent les mutations d’une croyance à une autre. C’est par le motif, toujours dessiné et gravé à la main, que l’artiste nous emmène alors du côté de l’ésotérisme, de l’alchimie pour mieux ébranler et recomposer le système de valeurs et de croyances des rationalités dominantes, qu’elles soient mathématiques ou religieuses. À cela s’ajoute le détournement d’objets fonctionnels, notamment scientifiques, comme la parabole, l’accélérateur de particules, débarrassés de leurs usages traditionnels et rendus totems d’une nouvelle certitude cabalistique. Nourri par les réflexions de Bruno Latour sur l’incertitude et la malléabilité de la rationalité, l’artiste se tourne vers les croyances souterraines et marginales, la magie, la divination, l’astrologie pour laisser ouverte la possibilité d’un autre rapport au monde. La symbolique des formes est aussi signifiante que celle des textures et des substances, et la pratique de l’artiste se caractérise par une attention particulière portée sur la matière et les savoir-faire qui lui sont associés. Ainsi, la sensibilité spirituelle critique de l’artiste se décline plastiquement par le choix du bois et de la terre, soumis à des changements d’état. Les transformations, par le modelage, le façonnage, le ciselage, agissent comme une médiation entre différentes présences au monde. Le passage par le feu qui vient unifier le tout dans cette tonalité fuligineuse, porte en lui aussi bien l’idée de destruction que de purification. À l’œil nu et sans s’aider des cartels, les apparences sont trompeuses, entre bois brûlé ou céramique. Elles invitent au rapprochement, pour encore une fois se laisser surprendre par le microscopique. L’artiste accorde une grande importance à la composition de ses sculptures dans l’espace, car il cherche la proximité des corps. Il déploie des environnements introspectifs pour susciter des expériences sensorielles inattendues, tantôt déroutantes, tantôt envoûtantes.
Invité en résidence à L’H du Siège à Valenciennes, Germain Marguillard poursuit ses recherches et les augmente de références nouvelles, d’Hartmut Rosa à Yuna Vincentin, en passant par un panthéon écoféministe. Selon le sociologue et philosophe allemand, les démocraties modernes ont encore besoin de la religion. Que ce soit la conquête de l’espace ou encore la poursuite frénétique de l’hygiénisme, une myriade de nouvelles spiritualités et de nouveaux mythes tentent de combler nos horizons anxiogènes. Assombri par les prévisions environnementales catastrophiques toujours plus inéluctables, notrefutur très proche – et même déjà notre présent – ne promet que conflits et épuisement. Pour tenter d’inverser ce rapport agressif à autrui et au monde, l’artiste propose un espace-temps refuge dans une unité architecturale octogonale en bois, à moitié dans le noir, surmontée d’une coupole laissée ouverte. C’est un appel à la pause, au temps d’arrêt. À l’intérieur, au centre de la convergence du plancher géométrique, se trouve sur un socle une urne en céramique. Sa cavité laisse échapper une boucle sonore qui vient peupler de voix le vide minimal de cette ossature noire. Ces poèmes récités sont prélevés parmi un corpus éco-féministe, cher à l’artiste, qui entremêle entre autres Starhawk, Ursula K. Le Guin, Adrienne Rich, Kae Tempest… Ils accentuent l’expérience de recueillement, et nous portent vers la méditation ou vers la transe apaisée, desquelles l’âme peut s’élever. De l’ensemble se dégage une sensation cathartique et se dessine une modalité nouvelle, celle de se placer sous la protection de ce temple d’un culte perdu ou en devenir.
Pour la chercheuse Yuna Vincentin, la spiritualité est un outil à se réapproprier pour changer les relations matérielles qui structurent le visible et compartimentent la pensée moderne. L’artiste interprète alors plastiquement ce lien à redéfinir et à redéployer entre le visible et l’invisible. Outre le refuge central, une série de panneaux en céramique montés sur du bois brûlé sont éparpillés sur le mur, certains suspendus dans l’espace. Intermédiaires entre le terrestre et le céleste, ils portent des messages gravés empruntés au même corpus poétique écoféministe. Ils sont mantras d’un cortège de manifestation absent dont on n’entendrait plus que l’écho, un peu lointain mais persistant, presque sur une fréquence de basse. L’esprit qui les découvre pourra être porté par ces incantations brèves vers un ralentissement ou sur la trace du passage cyclique des saisons. Ces bouts de phrases signifiantes se prolongent dans les motifs qui les ornent, entre floral, végétal, animal, dans une ambiguïté harmonieuse. Feuilles ou cupules. Ondes oscillantes ou gemmes. Ailes de papillons ou trèfles à quatre feuilles. Les tracés et les reliefs sont organiques, pris sur le vif d’une métamorphose continue et répétitive qui passe d’une espèce à une autre, d’un monde à un autre. Gravé sur le reliquaire à l’entrée de l’espace, le titre de l’exposition, Everything we touch can change, citation du chant de Starhawk, ponctue de son refrain ce pouvoir de transformation, qu’il soit vertueux ou maléfique. L’expérience de visite commence par un rituel proposé par l’artiste. Dans ce reliquaire à disposition des visiteur·euses, iels peuvent, s’iels le souhaitent, confier au secret du coffret en céramique des intentions de changement à l’échelle de leur vie ou de la société.—> Andréanne Béguin
Everything we touch can change, 2025 Solo exhibition at L’H du Siège, National Center for Contemporary Art, Valenciennes-FR
Images : ©Frédéric Iovino & Germain Marguillard
List of works : Kosmos - K. Tempest I, 2024, ceramic and calcined wood, 36x100x6cm. Kosmos - K. Tempest II, 2024, ceramic and calcined wood, 34x90x6cm. Kosmos - U.K. Le Guin, 2024, ceramic and calcined wood, 27x90x6cm. Kosmos - A. Rich, 2024, ceramic and calcined wood, 90x17x26cm. Kosmos - P. Éluard, 2024, ceramic and calcined wood, 50x59x6cm. Kosmos - J. Massiah, 2024, ceramic and calcined wood, 26x75x6cm. Kosmos - unknown I, 2024, ceramic and calcined wood, 27x90x6cm. Kosmos - unknown II, 2024, ceramic and calcined wood, 90x40x6cm. Kosmos - sunflower, 2024, ceramic and calcined wood, 36x100x6cm. Kosmos - passionflower, 2024, ceramic and calcined wood, 15x42x6cm. Kosmos - twig, 2024, ceramic and calcined wood, 20x140x6cm. Kosmos - dryad, 2024, ceramic and calcined wood, 15x49x6cm. Kosmos - jellyfish, 2024, ceramic and calcined wood, 26x75x6cm. Resonance, 2024, ceramic, calcined wood and audio tape, 310x310x260cm. Everything we touch can change, 2024, ceramic and calcined wood, 203x26x91cm.
Halo, 2023, ceramic, wood and mica veneer, 260x260x100cm. Black sun, 2023, ceramic and calcined wood, 35x35x6cm.
Text : (EN) Intertwines, spirals, rosettes and mandalas punctuate Germain Marguillard’s universe. Enigmatic details on which the eye lingers, they emerge from the black and interrupt the initial impression of a minimalist and monolithic abstraction. In the implacable lines and edges that delimit his sculptures and structure our familiar representations, the artist uses this ornamental vocabulary to confront the scales of the infinitely large with the infinitely small. His half-organic, half-geometric figures are drawn from a universal sacred symbolism. They evoke the great spiritualities of Judaeo-Christianity and Islam, as well as the language of geometric science. Where either of these iconographies prides itself on achieving perfection and embracing supreme harmony, the artist’s gesture seeks instead to find organic accuracy, the closest thing to creation that, in its most natural emanation, eludes man and his hubris. Behind the two-colour scheme of his installations, between darkness and clarity, lies an eternal dialectic between reason and faith. He does not seek to resolve this intrinsic opposition, pointing instead to their similarities, both in their ambitions and in their methods. On the surface of the artist’s works, these symbols can be read as clues signalling the mutations from one belief to another.It is through patterns, always drawn and engraved by hand, that the artist takes us to the realms of esotericism and alchemy, to better shake and recompose the system of values and beliefs of the dominant rationalities, whether mathematical or religious. To this we can add the hijacking of functional objects, particularly scientific ones, such as the parabola and the particle accelerator, stripped of their traditional uses and made totems of a new cabalistic certainty. Inspired by Bruno Latour’s reflections on uncertainty and the malleability of rationality, the artist turns to subterranean and marginal beliefs, magic, divination and astrology to leave open the possibility of a different relationship with the world. The symbolism of forms is as significant as that of textures and substances, and the artist’s practice is characterised by a particular attention to materials and the skills associated with them. The artist’s critical spiritual sensibility is reflected in his choice of wood and clay, which undergo changes of state. The transformations, through modelling, shaping and chiselling, act as a mediation between different presences to the world. The passage through fire, which unifies everything in this sooty tone, carries with it the idea of both destruction and purification. With the naked eye and without the help of labels, the appearances are tricky, between burnt wood and ceramics. They invite you to come closer, to be surprised once again by the microscopic. The artist gives great importance to the composition of his sculptures in space, as he seeks to bring bodies into proximity. He deploys introspective environments to elicit unexpected sensorial experiences, sometimes disconcerting, sometimes bewitching.
Invited for a residency at L’H du Siège in Valenciennes, Germain Marguillard is developing his research with new references, from Hartmut Rosa to Yuna Vincentin, as well as an ecofeminist pantheon. According to the German sociologist and philosopher, modern democracies still need religion. Whether it’s the conquest of space or the frenetic pursuit of hygiene, a myriad of new spiritualities and myths are trying to fill our anxious horizons. Darkened by ever more inescapable catastrophic environmental predictions, our very near future - and even our present - promises only conflict and exhaustion. In an attempt to reverse this aggressive relationship with others and the world, the artist proposes a space-time refuge in an octagonal wooden architectural unit, half in the dark, topped by a dome left open. It’s a call to pause, to take time out. Inside, at the centre of the convergence of the geometric floor, a ceramic urn stands on a pedestal. Its cavity lets out a sound loop that fills the minimal void of this black frame with voices. These recited poems are taken from an eco-feminist corpus dear to the artist, which includes works by Starhawk, Ursula K. Le Guin, Adrienne Rich and Kae Tempest, among others. They heighten the experience of contemplation, leading us towards meditation or a soothed trance from which the soul can rise. From this whole emerges a cathartic sensation and a new way of being, that of placing oneself under the protection of this temple of a cult lost or in the making.
For researcher Yuna Vincentin, spirituality is a tool to be reappropriated in order to change the material relationships that structure the visible and compartmentalise modern thought. The artist gives a plastic interpretation of this link between the visible and the invisible, which needs to be redefined and redeployed. In addition to the central refuge, a series of ceramic panels mounted on burnt wood are scattered across the wall, some suspended in space. Intermediaries between the terrestrial and the celestial, they bear engraved messages borrowed from the same corpus of ecofeminist poetry. They are mantras of an absent demonstration procession, from which all that can be heard now is the echo, a little distant but persistent, almost on a bass frequency. The spirit that discovers them could be carried by these brief incantations towards a slowing down or on the trace of the cyclical passage of the seasons. These bits of meaningful sentences continue in the motifs that adorn them, somewhere between floral, plant and animal, in a harmonious ambiguity. Leaves or cupules. Oscillating waves or gems. Butterfly wings or four-leaf clovers. The lines and reliefs are organic, caught in the act of a continuous and repetitive metamorphosis from one species to another, from one world to another. Engraved on the reliquary at the entrance of the space, the title of the exhibition, Everything we touch can change, a quotation from the Starhawk song, punctuates this power of transformation with its refrain, whether virtuous or malefic. The visit begins with a ritual suggested by the artist. In this reliquary, visitors can, if they wish, entrust to the secret of the ceramic box their intentions for change in their lives or in society.—> Andréanne Béguin