Toutes les choses coulent, 2024 Exposition du prix du Frac Bretagne - Art Norac, Frac Bretagne, Rennes-FR

Images : © Aurélien Mole & Tania Gheerbrant

Liste des œuvres : Toutes les choses coulent, 2024, installation, céramique et eau, dimensions variables. Fenêtre quantique I, 2023, céramique et bois calciné, 207x123x1,5cm.

Texte : (FR) Les sculptures de Germain Marguillard empruntent leurs formes à la science autant qu’à l’ésotérisme. Derrière la croyance dans le progrès technologique se profile un processus alchimique. L’artiste soumet ses matériaux à des opérations de transformation hérités de savoirs ancestraux, précapitalistes ou extra-occidentaux. L’objectivité du savant repose ici sur un système de croyances symboliques. L’artiste réunit alors des univers que tout oppose : la physique et la biologie flirtent avec le décoratif autant que le spirituel.

C’est avec poésie que Germain Marguillard explore l’ambivalence entre l’esthétique de laboratoire et cette « mythologie camouflée » dont parlait déjà l’historien Mircea Eliade en 1965 (Le sacré et le profane, Paris : Gallimard, 1965). Le diptyque Fenêtre quantique I est emblématique de cette recherche. Produit à l’occasion de l’exposition À l'infini, pas du tout au centre d’art contemporain Passerelle, à Brest (2023), le bas-relief en céramique et bois calciné reprend la forme d’un schéma de physique quantique, science qui étudie le comportement des particules composant les atomes. Cependant, sa forme répétitive, son matériau fragile et précieux, lui confèrent tout autant des airs de vitrail artisanal. Dans cette œuvre manifeste, la particule se déploie de façon ondulatoire – la physique quantique ayant prouvé qu’elle pouvait se trouver dans une infinité d’endroits en même temps selon un champ de probabilités. La matière n’est alors pas conçue comme une chose morte, mais comme un flux d’énergie à l’aspect liquide soumis à des distorsions. En s’inspirant de l’approche quantique du monde, Germain Marguillard fait évoluer l’idée selon laquelle l’œuvre d’art serait une « fenêtre ouverte sur l’histoire » (selon Leon Battista Alberti dans son traité De Pictura en 1435) pour la conduire vers une forme abstraite ouverte à la dimension mystique de l’univers.

Les nouvelles recherches de l’artiste interrogent la relation que nos corps entretiennent avec l’eau. L’imaginaire de l’eau et du corps parcourt la littérature – Virginia Woolf écrivait « Il y a des marées dans le corps » dans son roman Mrs Dalloway en 1925 – comme elle parcourt nos cellules et conserve la mémoire des substances que nous ingurgitons. Germain Marguillard réalise une nouvelle série de sculptures, récipients de grès noir qui évoquent des objets rituels accompagnés de céramiques aux formes organiques. Inspirées, entre autres, par le concept d’hydroféminisme , théorisé par la philosophe écoféministe Astrida Neimanis, ces productions questionnent la dimension fluide du corps, au-delà des seuls êtres humains, et le caractère sacré d’une ressource qui vient à manquer. —> Ilan Michel

Toutes les choses coulent, 2024 Frac Bretagne - Art Norac prize exhibition, Frac Bretagne, Rennes-FR

Images : © Aurélien Mole & Tania Gheerbrant

List of works : Everything flow, 2024, installation, ceramic and water, variable dimensions. Quantum window I, 2023, ceramic and burnt wood, 207x123x1,5cm.

Texts : (EN) Germain Marguillard's sculptures borrow their forms from both science and esotericism. Behind the belief in technological progress lies an alchemical process. The artist subjects his materials to transformation operations inherited from ancestral, pre-capitalist or non-Western knowledge. Here, the objectivity of the scientist is based on a system of symbolic beliefs. The artist brings together universes where everything is at odds: physics and biology flirt with the decorative as much as the spiritual.

Germain Marguillard poetically explores the ambivalence between laboratory aesthetics and the “camouflaged mythology” referred to by the historian Mircea Eliade in 1965 (Le sacré et le profane, Paris, Gallimard, 1965). The diptych Fenêtre quantique I is emblematic of this research. Produced for the À l'infini, pas du tout exhibition at the Passerelle contemporary art centre in Brest (2023), the ceramic and charred wood bas-relief takes the form of a quantum physics diagram, a science that studies the behaviour of the particles that make up atoms. However, its repetitive form and fragile, precious material give it an air of handcrafted stained glass. In this manifest work, the particle unfolds in a wave-like fashion - quantum physics having proved that it can be in an infinite number of places at the same time, according to a field of probabilities. Matter is not conceived of as a dead thing, but as a liquid-like flow of energy subject to distortion. Inspired by the quantum approach to the world, Germain Marguillard takes the idea of the work of art as a “window on history” (as Leon Battista Alberti put it in his 1435 treatise De Pictura) and turns it into an abstract form open to the mystical dimension of the universe.

The artist's new research questions the relationship between our bodies and water. The imaginary world of water and the body runs through literature - Virginia Woolf wrote “There are tides in the body” in her novel Mrs Dalloway in 1925 - just as it runs through our cells and preserves the memory of the substances we ingest. Germain Marguillard has created a new series of sculptures, black stoneware vessels that evoke ritual objects, accompanied by organically shaped ceramics. Inspired, among other things, by the concept of hydrofeminism, theorised by the ecofeminist philosopher Astrida Neimanis, these productions question the fluid dimension of the body, beyond human beings alone, and the sacred nature of a resource that is running out. -> Ilan Michel